Paroles de femmes : Caroline la ronde
« La ronde voudrait parfois, être une toute petite chose… »
Caroline est née en 1971. La vie semblait pouvoir être douce pour cette petite lyonnaise, qui vivait avec sa sœur, ses deux frères, sa mère professeur et son père marchand de vin.
Le bac, sciences-po, une école de journalisme… Mais entre 6 et 28ans, Caroline se trouva « différente », trop ronde et donc très complexée. Il lui fallut attendre d’échapper à son petit enfer, pour créer son blog en 2006. Comme son nom l’indique « le blog d’une ronde » est destinée à toute celles qui souffrent parce qu’elles se trouvent, parce qu’elles se croient trop ronde…
La distance la plus longue à parcourir pour une ronde est, sur une plage, celle qui relie la mer à sa serviette bain. L’aller – de la serviette à la mer – est pénible mais possible. Le maillot est ajusté, fruit d’un long travail de préparation. Les cheveux sont encore secs, ils flottent dans le vent marin. La ronde espère que les regards se focalisent sur eux. Les filles enveloppées adorent leurs cheveux, seule partie du corps qui jamais ne grossit. Et puis l’attrait de la mer est le pus fort. Une fois dans l’eau, le miracle s’opère, le poids disparaît, avec lui s’envolent pour un temps les complexes. Malheureusement, l’heure arrive où il faut sortir. Et à force d’avoir attendu, forcément, les autres ont regagné leurs paréos et semblent attendre le grand moment, le supplice de la ronde. Dès l’instant où la moitié du corps n’est plus immergée, le poids reprend ses droits. Les seins perdent leur confiance en eux et regardent à nouveau les pieds. Si le maillot est un peu trop grand, alors lui aussi décide de se plier à cette fameuse loi de la pesanteur. Il pendouille de partout, entrainant avec lui les bourrelets. S’il est trop petit, ça n’est pas mieux, une fois mouillé, l’effet galbant cède la place à l’effet boudinant. Ne pouvant plus reculer, la ronde entame sa longue traversée du désert jusqu’ à la serviette. Ses mains vont du ventre aux seins, essayant de cacher ce qui déborde. Les cheveux, ses indéfectibles alliés, sont collés à son cou et ne peuvent plus rien pour elle. La démarche est lourde et mal assurée, et même si l’envie de courir est forte, la ronde résiste. Courir signifie mettre en mouvement des parties de son corps qu’elle préfère voir immobiles. Une fois l’objectif atteint, il faut alors se saisir le plus élégamment possible de la serviette, ce qui en soi est un défi.
Si elle plie les genoux, le ventre se plisse. Si elle se casse en deux, ce sont les fesses qui s’émancipent et le décolleté qui plonge. Quelle que soit la méthode utilisée, l’instant est critique. Mais la ronde finit par disparaître dans son drap de bain. La sensation de soulagement est difficile à décrire. Ce tissu est un rempart contre tous ces regards qui brûlent chaque parcelle de peau nue. Elle jurerait presque que les autres lui sont reconnaissants de leur épargner la vue de ce corps qu’elle pense immonde. Une fois la panique dissipée, la ronde retrouve un peu de sa lucidité. Elle réalise alors la plupart du temps que personne, mais alors personne, ne l’observait.
Et si le regard le plus cruel était le sien ?